Seconde lecture du très intéressant “Grown up Digital“, deux ans après, histoire de replonger dans le décortiquage des Net Geners et Generation Y et voir si des choses avaient pu bouger. Mais l’analyse vaut toujours et plus que jamais même. Les Net Geners sont source d’opportunités et de changements, je le pense toujours…

Pour qui est ultra connecté, rien de très nouveau et rien de révolutionnaire même. Certainement déjà lu au siècle précédent (c’est à dire il y a 2 ans et quelques). Et pour cause : les 11 – 31 ans seraient les Net Geners, autrement dit la génération internet; comme tout le contenu du livre décrit et décrypte ce qu’ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils pensent, ce qu’ils consomment, on a l’impression de se regarder le nombril ou d’assister à une grande psychanalyse. On y apprend tout un tas de choses sur les caractéristiques propres à cette génération et ce qui la différencie des autres.

I’m free

Les Net Geners (enfants des soixante huitards) veulent une liberté dans tout ce qu’ils entreprennent. Liberté de choix, liberté d’expression. Ils ne conçoivent plus le travail comme une nécessité alimentaire mais comme une activité où ils se réalisent, accomplissent des choses enthousiasmantes (le haut de la pyramide de Maslow ). Ils ont pris l’habitude de pouvoir définir et personnaliser leur environnement média. Ils vont jusqu’à faire leur propre contenu qu’ils partagent en temps réel avec des milliers d’autres personnes. Ils aiment modeler leur environnement et ont pris l’habitude de pouvoir le faire dans bien des cas. Ils n’ont pas connu de grande guerre, sont nés avec l’accélération des innovations technologiques, le rapport au temps et à l’espace n’a fondamentalement plus le même sens pour cette génération que pour les précédentes …

Et évidemment c’est la première génération connectée. Connectée au web, cette innovation majeure qui est en train de profondément modifier les modes de communication entre les individus ainsi que le rapport aux institutions, au collectif, à l’information, à l’entreprise, à la publicité, et qu’on le veuille ou non Sans entrer dans le détail, ce bouquin balaie les caractéristiques de cette génération ainsi que leur conséquences dans le réel, conséquences qui sont en train de s’installer durablement a priori. Si on peut largement comparer l’invention “internet” à celle de l’imprimerie, qui en son temps a permis de commencer à imaginer un monde de connaissances et de savoir, diffusés à un grand nombre et pas seulement à une élite, l’analyse des Net Geners décrite dans ce bouquin permet de prendre conscience que l’on est en train de regarder une énorme (r)évolution se dérouler sous nos yeux. On a la possibilité de l’expérimenter tous les jours.

La fin d’une vision ?

Alors quand j’entends de nombreuses personnes se dire expertes en web 2.0 ou en social media je souris. Qui peut décemment être un expert d’un mouvement en progression, en plein déroulement, qui change chaque jour, dont le fondement même est l’interconnexion entre des millions de gens qui échangent, partagent, diffusent tous les jours etc. ? Il est difficile aujourd’hui de dire ce que va être demain sur internet, ce qu’est le réel pouvoir des réseaux sociaux ou des blogs. Pour ce qui est en train de devenir l’ancien monde, les grands changements n’ont de sens que si ils entrent dans leurs cases. L’ancien monde exige les mêmes réflexes et le même recul que pour ses autres medias qui ont plus de 3 voire 5 décennies d’existence. Mais les gens qui se passionnent pour ces changements, cette révolution en marche, les observent et les analysent, ne peuvent pas être des experts mais au mieux des expérimentateurs, ils ne peuvent pas avoir le recul que vous voudriez qu’ils aient. Ils expérimentent et, cher ancien monde, vous devriez expérimenter avec eux.

Quand la communication allait dans un sens (qui dit à quoi à qui par quel canal et pour/avec quel effet Laswell.) et l’information était dans les mains de grandes institutions à destination d’une audience qui ne pouvait pas spécialement réagir à ce qu’on lui proposait, les codes étaient fondamentalement différents. Les instituts d’études sont là pour analyser a posteriori sur des panels censés être représentatifs, des opinions, des tendances, des comportements … Dans le nouveau monde, on peut observer ces changements chaque jour avec un tant soit peu de méthodologie de monitoring et une sélection de bonnes sources de contenus. Dans l’ancien monde l’unité de mesure de succès d’un message publicitaire est le nombre de fois qu’une personne peut y être exposée, le nombre de fois qu’elle clique etc. Mais cette école behavioriste qui consiste à dire que plus le message se répète plus il est mémorisé et donc plus le produit a de chance d’être acheté, ne peut plus être la seule. Ce que se disent les gens, ce qu’ils font de l’information, ce qu’ils partagent, le temps qu’il passe à lire ou visionner des contenus et ce qu’ils en pensent devient aussi important dans le nouveau monde.

Opportunités + connexions = (r)évolutions

Les entrepreneurs du net et/ou les bloggers (puisque ce sont parfois les mêmes) sont les artisans de ces changements, jamais à court d’idées, de points de vue, de nouveaux contenus, les yeux toujours connectés au monde qui les entoure. Et j’ai eu l’occasion à de multiples reprises de noter dans cette génération et particulièrement dans cette “faune” d’ultra connectés, une énergie à aborder tout ce qui est nouveau, facilite des échanges, accroît des possiblités de partage, développe les opportunités de connexions avec les autres, permet de trouver rapidement des informations utiles et pertinentes, offre la possibilité de créer des contenus, simplifie la vie, les fait jouir de tout quans ils veulent comme ils veulent etc. de manière extrêmement ludique et enthousiaste. Et de cette observation, j’en ai retiré moi même beaucoup d’enthousiasme. Parce que c’est un monde de possibilités et un monde très ouvert qui transparait au travers de cette énergie, parce que c’est d’adaptabilité rapide dont il s’agit également. Et ce avec une génération qui est née avec le sida, n’a connu que des crises économiques, et qui se voit léguer un monde de conflits et de réchauffement climatique … Je suis donc profondément convaincue que les solutions peuvent émaner entre autres de cette génération et de cette faune d’ultra connectés qui est dopée à la recherche d’améliorations en tous genres. Dans un monde capitaliste, la révolution ne peut venir que de gens qui ont du capital. Et cette faune en a, du moins sait comment en trouver la plupart du temps.

Digital & Conso addicts….

Mais cette génération a aussi un problème qu’elle doit régler : son amour pour l’univers de la surconsommation. C’est ce qui va de paire avec ce “besoin” viscéral de nouveauté. En réponse à ce besoin le monde d’aujourd’hui ne propose que de nouveaux produits, de nouvelles opportunités de consommer; qui bien souvent engendrent plus de pollution, plus de déchets… et des conditions de travail et de vie qui ne sont pas enviables dans la plupart des pays émergents qui fabriquent nos gadgets à l’autre bout du monde. Peut être ce sera la génération Z et non la nôtre qui saura concilier les avantages de la modernité mondialisée dans faire perdurer les inégalités qu’elles engendre dans le même temps…
Production en grande quantité, consommation en grande quantité, mesures de performance en termes quantitatifs … on aime la Quantité n’est ce pas? Mais le nouveau monde sera-t-il celui de la qualité? Qualité des échanges, qualité de vie, qualité des rapports sociaux, qualité de la santé publique, qualité des produits, qualité des services … ? Alors bien évidemment les mouvements humains sont lents, ils peuvent prendre parfois plus d’une génération pour s’installer durablement, et donc cette vision est un peu idéalisée, voire caricaturale pour le moment. Mais le mouvement est en marche. Qu’en sera-t-il quand les Net Geners d’aujourd’hui feront partie du toisième âge?