Roxanne Varza

Portrait en quelques questions de Roxanne Varza, rédactrice en chef de TechCrunch France et co-fondatrice de Girls in Tech France.

Roxanne Varza, qui es tu ?

C’est une question marrante, je suis Roxanne, quelqu’un qui est tout simplement passionné par l’entrepreneuriat et l’innovation ! Non mais plus concrètement, je suis la Rédactrice en chef de TechCrunch France, l’une des co-fondatrices de la branche parisienne de Girls in Tech et l’une des co-organisatrices de l’édition européenne de la conférence FailCon. Et je suis aussi en train de terminer un Master en politique économique.

Quel est ton parcours ?

En 2006, j’ai terminé ma licence en littérature française à l’UCLA (l’Université de Californie à Los Angeles). Avant d’être diplômée, j’avais déjà une offre de travail de la part du Consulat général de Belgique à Los Angeles, donc j’ai passé quelques mois chez eux avant de passer une période de 6 mois dans l’équipe commerciale d’une startup. C’était une très bonne expérience mais parfois la vente peut devenir un peu répétitive !

Du coup, j’ai décidé de quitter la startup et de travailler pour l’AFII (l’Agence française pour les investissements internationaux) à San Francisco, notamment avec les startups américaines de la Silicon Valley souhaitant s’implanter en France. C’est en rencontrant tous les entrepreneurs de la Silicon Valley que j’ai découvert que j’étais passionnée par l’entrepreneuriat et l’innovation.

Au bout de 2 ans, j’ai décidé de reprendre les études et c’est la raison pour laquelle je suis venue à Paris en 2009 – pour faire un programme de double diplôme entre Sciences Po Paris et la London School of Economics. Mais à Sciences Po, le milieu entrepreneurial me manquait trop et j’ai décidé finalement de lancer un blog sur les startups françaises. 2 semaines après le lancement de mon blog, l’équipe de TechCrunch m’a contactée et je travaille pour eux depuis !

Peux tu présenter TechCrunch ?

TechCrunch est l’un des blogs tech les plus connus aux Etats-Unis. Il a été créé par Michael Arrington en 2005 et c’est Ouriel Ohayon qui a lancé la version française en 2006. Grâce à Ouriel, TechCrunch France est devenu aussi connu que son équivalent américain. Ouriel est parti en 2008 et Alain Eskenazi a pris le flambeau pour quelques mois. Il y a eu une période d’inactivité suite au départ d’Alain et c’est moi qui ai repris le blog après. On a relancé le site français en mars 2010, il y aura bientôt un an !

Quelles sont les particularités de TechCrunch France par rapport aux autres versions existantes ?

Donc TechCrunch n’a que 2 sites qui ne sont pas en anglais : TechCrunch France et TechCrunch Japon. Tous les autres sites sont en anglais. Mais à part la langue, nous essayons vraiment de couvrir l’actualité et les informations qui sont pertinentes pour le marché local. On parle des startups françaises, de l’activité en France et aussi dans les pays francophones, l’activité des entreprises françaises à l’étranger. Les autres sites ne sont pas dédiés à l’activité d’un pays particulier de la même manière, même si TechCrunch.com se concentre beaucoup sur ce qui se passe aux Etats-Unis et TechCrunch Europe semble orienté vers le marché britannique.

Quel rôle joues tu dans la société ? Peux tu nous décrire une journée type ?

Je suis responsable du site français mais mon objectif personnel est de donner plus de visibilité à ce qui se passe en France sur les sites en anglais. Il s’agit de lire beaucoup d’emails et de communiqués de presse, de passer beaucoup de temps sur des blogs et des plateformes comme Twitter et Quora… et d’écrire ! Mais très franchement, je n’ai pas de journée type. Moi, ce qui me plaît personnellement dans ce travail est de rencontrer les entrepreneurs, d’entendre leurs histoires, de voir leurs produits. Mais un journaliste « efficace » passe normalement beaucoup de temps en lisant des communiqués de presse devant son écran, en faisant des recherches, en parlant avec des contacts au téléphone. C’est d’ailleurs l’approche de Michael Arrington. Mais je déprime si je fais comme lui ! Donc j’essaie de participer à beaucoup d’évènements et de m’entourer de gens intéressants et créatifs pour m’inspirer !

Quel est le model business ?

Le business model de TechCrunch France, comme les autres sites de TechCrunch, est basé sur la publicité et les évènements. Mais l’équipe de TechCrunch se concentre beaucoup plus sur les revenus générés par le site américain et les évènements aux Etats-Unis. Nos avons assez peu de publicités sur TCFR et toutes les publicités sont gérées par l’équipe commerciale américaine. Quant aux évènements, c’est l’équipe française qui organise tous les évènements en France. La plupart des contributeurs sont bénévoles et contribuent purement pour le plaisir. Donc notre objectif n’est pas de générer beaucoup de revenus mais plutôt de fournir un service utile aux entrepreneurs locaux.

Qu’aimerais tu mettre en place sur TechCrunch en terme de partenariat, de conférences ou de projets ?

Nous sommes déjà en train d’organiser des conférences pour cette année. Nous avons fait une première édition de TechCrunch Remix l’année dernière, par exemple. En terme de partenariat, nous sommes partenaire média pour beaucoup d’évènements, comme LeWeb, Midem, Startup Weekend. On aimerait en faire plus et on est en train de le faire !

Peux-tu nous parler de ton site TechBaguette ?

TechBaguette est le blog perso que j’ai lancé quand j’étais à Sciences Po. Comme je l’ai déjà dit, le milieu entrepreneurial qui me manquait trop à Sciences Po et je me disais qu’il n’avait pas beaucoup de contenu en anglais sur les startups françaises. Du coup, j’ai décidé de lancer un petit blog pour le fun. Je ne pensais pas que j’allais devenir blogueuse.

Tu viens de la Silicon Valley : quelles sont les forces et faiblesses du marché digital français par rapport à nos cousins américains ?

Il y a vraiment beaucoup de différences entre les deux marchés. L’entrepreneuriat dans la Silicon Valley est très à la mode, alors qu’en France c’est peut-être pas toujours le cas. De plus, les entrepreneurs qui se lancent aux Etats-Unis ont un marché énorme par rapport au marché français. Les entrepreneurs français, comme tous les entrepreneurs européens, doivent se lancer dans un marché plus segmenté et hétérogène. Ensuite, les deux cultures n’ont pas le même rapport avec le risque. Je pense que le Rêve américain joue un rôle clé dans l’entrepreneuriat et la prise de risques aux US. Mais si on veut parler vraiment de la Silicon Valley et pourquoi la Silicon Valley et pas ailleurs, je pense que c’est peut-être lié à la culture de San Francisco. San Francisco, qui est connu comme la première ville gay aux US, est très très ouvert d’esprit. Du coup, la communauté locale est très ouverte aux nouvelles idées et aux nouveaux produits. C’est une ville d’early adopters !

Un classement du Forbes fin 2010 mettait en valeur les 10 femmes provenant du Tech les plus puissantes. Pourquoi nous françaises n’arrivons nous pas à nous imposer ?

Très sincèrement, c’est pas toujours évident comment ils font le tri et comment les personnes sont sélectionnées pour les classements. A mon avis les américaines sont peut-être un peu sur représentées. Il y a quand-même quelques Françaises sur la liste mais il fallait peut-être faire un peu plus pour nous imposer. En fait, je trouve que souvent les Américaines se vendent très bien par rapport aux personnes d’autres nationalités. C’est peut-être juste une question de visibilité.

Quelles sont tes sources de veille ?

C’est marrant mais on peut utiliser vraiment tout et n’importe quoi comme source de veille. J’ai beaucoup de sociétés qui me contactent directement avec des communiqués de presse. Parfois, je peux trouver des infos intéressantes sur d’autres blogs et sur des plateformes communautaires comme Facebook, Twitter, Quora, Linkedin, etc. J’écoute énormément la radio et les podcasts, je lis des journaux, des magazines. Sinon, mes amis et mes contacts m’envoient aussi des informations.

Quelles sont les femmes qui t’inspirent ?

La première femme qui me vient à l’esprit est ma grand-mère, qui est poète en Iran. Elle est vraiment passionnée par ce qu’elle fait et du coup elle n’a jamais voulu arrêter. J’ai envie d’être comme ça aussi.

Sinon, j’avoue que j’ai beaucoup d’admiration pour Christine Lagarde – j’aime bien comment elle valorise ses échecs.

Et si on veut parler web, je dirais Carole Bartz – pas parce qu’elle a dit « Fuck off » à Michael Arrington mais parce que c’est très très courageux de reprendre Yahoo dans son état actuel !

Quelles sont pour toi les femmes du web à suivre en 2011 ?

Il y a en a plein ! En France, je pense que c’est l’ère des jeunes entrepreneuses. Je peux citer plein de noms mais vous les connaissez déjà. C’est aussi bien de voir autant de femmes dans l’investissement et le capital risque !

C’est quoi être influent en 2011 ?

Pour moi, les personnes les plus influentes sont celles qui essaient de donner et de partager avec les autres. S’il y a quelqu’un qui peut bénéficier de vos expériences, de vos opinons, de votre savoir-faire, c’est un genre d’influence à mon avis.

Ton conseil aux lectrices ?

Il faut s’éclater dans la vie. Si vous n’aimez pas ce que vous faites, il n’y a aucune raison de le faire.
Crédit photo : Olivier Ezratty
article mis en forme par Sabine Coulon