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Lancé en juillet 2011 et ouvert dans un premier temps sur invitations aux influents du web et early-adopters, Google+ est le réseau social de Google. Google+ est loin d’être à son premier essai. Ses précédentes tentatives se sont soldées par des échecs cuisants (Google Buzz, Google Wave). L’outil propose cependant une expérience, un « plus » pour éviter de réitérer les erreurs du passé et devient le seul prétendant pour renverser Facebook.
Ouvert par la suite au grand public en septembre dernier, le géant de l’internet est parti à la conquête des réseaux sociaux. Mais sept mois plus tard, qu’en est-il ? Google+ : la revanche de Google suite à l’échec de Wave ?

Ses points forts

Google + possède de sérieux arguments pour contrer Facebook. Plus qu’un site, il constitue avant tout la couche sociale qui permet toutes les interactions avec les autres services de Google (Picasa, Reader, etc.). Lorsque vous vous connectez à votre Gmail, Google agenda, etc., à tout moment vous pouvez accéder à Google+, en cliquant sur la barre de navigation, mais aussi lors d’une recherche sur le moteur Google.

Google+ prend aussi l’avantage sur les autres réseaux sociaux au sujet de la gestion de l’e-reputation. En effet, grâce à son moteur de recherche n°1, les profils Google+ et les « +1 » de vos contacts remontent en première position dans les pages de résultats.

L’apparition des cercles est la grande nouveauté, la base du système de Google+. Certes, les listes d’amis existaient déjà, mais les cercles obligent l’utilisateur à placer ses contacts dans un groupe défini. Il est même possible de les partager pour se créer un réseau plus dense, alors que Facebook limite le nombre de contacts à 5000 et refuse l’ajout systématique d’amis. Les cercles permettent aussi de gérer en un seul compte un profil privé et public en verrouillant la lecture de ses posts selon la cible touchée.

Mais surtout Google+ a pris le parti de reprendre à son compte le meilleur, chez ses deux principaux concurrents. De Facebook, il a copié les fonctionnalités de partage de tout type de contenus et le principe du « mur », et de Twitter, la veille et le concept de followers. Ainsi, à l’image de Twitter, vous pouvez suivre le flux d’actus d’un profil, sans pour autant être ami. D’ailleurs, cette notion d’amitié est supprimée pour faire place à la notion de contacts ; plus appropriée que le terme « amis » quand on totalise un certain nombre de « friends » qu’on a jamais vu ni d’Eve ni d’Adam…
Preuve du succès : Facebook a répliqué en ajoutant l’abonnement et la possibilité de rendre lisible un statut selon la liste d’amis sélectionnés.

Outil de veille, Google+ introduit la notion de « Déclics » pour afficher un flux d’actualité thématique provenant du web, sur un sujet choisi. Bref, il reprend le principe de l’hashtag.

Autre concurrent qui a du souci à se faire : Skype. Le système de vidéoconférence à plusieurs – « la vidéo bulle » – intégré au réseau, risque de faire perdre des utilisateurs chez Microsoft…

Google+ version online

Suite à son lancement, un certain nombre de blogs et d’experts n’envisageaient pas Google+ remporter son pari en matière de média social. Personnellement, j’y croyais un peu vu sa force de frappe, son modèle et son accessibilité via la barre Google. Force est de constater que dans le match Google+ vs Facebook, Google est encore loin d’atteindre ses objectifs.
Malgré ses atouts incontestables et un plan marketing plus aiguisé que ses précédents lancements, Google + n’a pas rencontré le succès populaire tant espéré. Plusieurs hypothèses face à ce bilan mitigé :

> Il aurait fallu ouvrir au grand public dès son lancement. Après l’euphorie des premiers jours, passé l’enthousiasme des geeks et aficionados de Google, l’affluence sur le réseau est celle d’une boîte de nuit à 17h… aussi désert et animée.
> Le « circle sunday » réplique des « follow friday » en plus pointu, n’a jamais pris… Et donc les utilisateurs ne perpétuent pas cette tradition de se recommander, ni de reproduire des posts « en chaîne ». On perd en activité…
> En refusant l’accès aux comptes anonymes et les profils d’entreprises dès son ouverture, Google + fit beaucoup de mécontents et créa sûrement un désintérêt chez certains utilisateurs. Aujourd’hui, il a commencé à lâcher du lest. Mais n’est-ce pas un peu tard ?
> Les pages fans « Google +» sont non seulement arrivées sur le marché tardivement mais en plus elles ne se distinguent pas d’un compte perso. Quel est l’intérêt ? Je cherche encore…
> L’outil « Direct connect » de Google+ permet d’accéder rapidement à une page Google via une recherche Google. Par exemple, si vous saisissez « +pepsi » dans le champ de recherche, la page Google+ de Pepsi s’affiche directement avec la possibilité de l’ajouter à ses cercles. Cependant, le système n’est pas stable : ajouter « +nom d’une marque » n’aboutit pas vraiment à la page fan d’une marque… (Testez, vous verrez…)
> L’affichage des « +1 » de ses contacts dans les pages de résultat du moteur Google n’est pas très présent. Preuve que les utilisateurs ne plussoient pas beaucoup et d’avancer que le « + »1 de Google+ ne fait pas autant d’émules que le « like » de Facebook

Google+ : a-t-il des jokers ?

Le marché des réseaux sociaux est plutôt saturé. Même si l’ancienneté donne une sacrée longueur d’avance à Facebook et Twitter (respectivement, en 6 ans : plus de 800 millions d’utilisateurs pour l’un et 400 millions pour l’autre), Google+ arrive soit trop tard, soit… trop en avance ? Le modèle de ses concurrents répond à un besoin précis qui rend la tâche difficile pour que Google puisse s’intercaler, se faire une place avec sa nouvelle plate-forme sociale. De plus, le leader incontesté a cette force de se renouveler souvent et fait preuve d’une grande réactivité. Un exemple flagrant : il a fallu moins d’un mois pour que Facebook réagisse face au cercle en créant sa nouvelle gestion de groupes d’amis. Sur Twitter, les professionnels l’ont adopté comme un outil de veille, utilisant des applications (planification des tweets, statistiques, cogestion de compte…) qui leur facilitent la tâche. Si sur Google+ le « voyeurisme » disparait, il reste celui de la veille. Reste à Google+ de devenir un outil plus efficace que Twitter…

Malgré tout, les habitudes des utilisateurs sont bien ancrées. Facebook a réussi à captiver l’utilisateur grâce à son côté voyeur, en s’intéressant à la vie des autres : l’internaute et le mobinaute surfent de profils en profils, glanent des informations, prennent le temps de commenter des statuts, posts, et photos. C’est l’occupation du rien. Personnellement, aucun de mes amis de « la vie réelle » n’utilise Google+, alors que plus d’un tiers possède un compte. Tandis que sur Facebook, ils sont hyper actifs et donc pas réfractaires aux réseaux sociaux.
Cependant Facebook est devenu incontournable. Il est omni-présent dans la publicité, le cinéma, les magazines, les affiches, les événements, les plans de communications, etc. Tous les médias traditionnels y font référence. Outre la recommandation sociale qui fait toute sa force, il a la particularité d’être intégré à la vie quotidienne, d’être assimilé à un outil du quotidien. On ne prend plus le numéro de quelqu’un mais son Facebook. L’organisation d’une fête ou d’un événement passe par Facebook, et beaucoup moins par l’envoi d’un mail collectif. « Tu veux voir les photos du petit dernier ? Va sur Facebook ». L’officialisation d’une relation ou d’une rupture sur Facebook a une valeur quasi aussi importante que dans le réel. Il n’y a qu’à voir les problèmes générés lorsqu’une personne se déclare en couple et l’autre a « omis» de le faire…
Même si Google+ est un outil performant et bien pensé, difficile de lutter contre les habitudes et la pratique routinière. Et pourquoi migrer vers un autre réseau alors que le sien est constitué et bien installé depuis des années, avec le risque de perdre des contacts et donc de l’interaction ? Ses propres dirigeants ne l’utiliseraient même pas…
Personnellement, je l’utilise plus comme un outil de veille qu’un réseau social complet.
Sur Google+, un coup d’œil sur ma timeline prouve que ce sont toujours les mêmes qui postent, et seulement 10% à 20% de mes contacts. Mes cercles privés sont inactifs. A l’ouverture, c’était différent. Le grand public ne semble pas y trouver son compte. Il est donc loin le temps des caricatures où l’on donnait Google + comme le grand vainqueur du match des réseaux sociaux

Malgré tout, il lui reste quelques cartes à jouer :
> Son moteur de recherche n°1
> Le lancement de nouveautés
> Envisager la possibilité d’utiliser la plateforme sur des sites tiers qui pourront exploiter le social graph des internautes pour améliorer leurs produits web, comme le fait Facebook.
> Élargir sa cible : il a ouvert récemment son réseau aux adolescents de plus de 13 ans. (La limite étant auparavant fixée à 18 ans).
> Le succès de l’OS mobile Android permet d’imposer l’usage de Google + aux mobinautes. 73% du trafic entrant de Google+ viendrait des services de Google (Gmail, youtube, map)
> La nécessité d’avoir un compte Google pour pouvoir utiliser tous les services Google comme Gmail, Youtube, Maps, etc. Il faut désormais se doter d’une adresse Gmail et d’un profil Google+ pour se créer un compte Google et accéder à des services comme Youtube ou encore Google Docs. Ces nouvelles modalités d’inscription ne semblent applicables pour le moment qu’aux Etats-Unis et dans quelques autres pays anglo-saxons.

Ce dernier point démontre une façon « forcée » d’accroître les comptes et donc les statistiques. L’intégration de tous ces services facilitera la croissance exponentielle de son réseau social, c’est certain. D’ailleurs, Paul Allen prévoit pour fin 2012, 400 millions d’utilisateurs (Actuellement 90 millions.)
Mais est-ce pour autant que l’audience sera au rendez-vous ? Et même si Paul Allen avance 62 500 nouveaux comptes par jour, ces derniers sont-ils actifs ? D’autant plus que les internautes ne sont pas clairement avertis de leur nouvelle inscription sur le réseau social. Lors d’une création d’un compte Google, il n’est pas indiqué que vous « venez de rejoindre Google + ». C’est une course semblable à celle de la course aux fans sur Facebooks…
Etre consommateur ou acteur sur les réseaux sociaux reste une activité chronophage, alors l’être sur les trois en même temps… Seuls les influents, adeptes des médias sociaux, experts du web et autres professionnels y trouveront leur compte.
Et même si Paul Allen remporte le pari d’atteindre les 400 millions, j’ai bien peur que Google+ ne brillera pas par son intense bouillonnement interactif. Augmenter son nombre d’utilisateurs est une chose, les faire réagir sur Google+ en est une autre. Et de là découle toute sa gageure…

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