La fin du Web (Episode 1)

Il y a trois ans (trois ans? un siècle en temps des internets autant dire) electronlibre.info via la plume d’Emmanuel Torregano, publiait une série d’articles relatant un feuilleton journalistique : La fin du Web. En 5 épisodes. Au delà du magistral exercice de style, cette série de journalisme-fiction décrit un ensemble de « péripéties » qui pour la plupart sont aujourd’hui criantes d’actualité ou tout juste, à peine, à l’oeuvre… Retour sur cette série.

Billet original publié sur electronlibre.info, écrit par Emmanuel Torregano

Le Web fut une plaie. Les temps changent, et bientôt l’influence du navigateur, du site web auront décliné de la surface du réseau. Voilà l’histoire presque contemporaine que nous allons essayer de relater dans ce feuilleton journalistique. Pour tenter d’en comprendre un peu en avance les implications économiques.

La détonation de l’explosion annoncée (lire ici et ) du Web 2.0, celui qui a vu fleurir des sites comme YouTube ou Facebook, va aussi emporter le Web tout entier. Pour voir surgir un nouveau paradigme, plus complexe encore à appréhender, mais dont on devine les contours déjà, avec l’émergence de comportements inédits dans l’univers numérique. L’AppStore, Twitter, la synchronisation des données, le jeux en ligne, sont les prémices de ce nouvel âge, que l’on pourrait nommer « Digital-me ».
Depuis la fin des années 90, le réseau des réseaux s’est conjugué essentiellement à l’aide du « WWW », ces trois initiales placées au début de chaque adresse d’un site internet. Le World Wide Web était devenu pour le grande public le symbole même de ce qu’était Internet. Et le navigateur, Netscape tout d’abord, puis Internet Explorer, et maintenant Firefox, Chrome, Opera, ou Safari, s’était installé comme la fenêtre idéale, le transcodeur zélé, bref, la matrice indispensable pour profiter de l’Internet. Or, depuis quelques mois, cette suprématie du couple WWW/navigateur s’est vue brutalement concurrencée par de nouvelles pratiques. A tel point que l’on peut pressentir combien désormais le numérique s’oriente vers la fin du Web.

Bannissement des Start-up

Et il ne serait pas vraiment bienvenu de regretter ou encore de pleurer le Web, car celui-ci a été en grande partie un fléau pour les industriels et les nouveaux explorateurs en tout genre. En fin de compte, l’on doit au Web deux bulles financières successives. Une qui éclata en 2001 et une autre qui montre des signes inquiétants de surchauffe.
Car l’une des caractéristiques marquantes du Web a toujours été le manque absolu de monétisation des sites. Le champ de ruines est immense, et s’étend à perte de vue si l’on regarde bien, et d’ailleurs, le massacre continue. A tel point que la dénomination de start-up, des années 2000, a définitivement était bannie pour ne pas rappeler trop de mauvais souvenirs. Les plus grands s’y sont laissés prendre. Certains, comme Vivendi, ou Bertelsmann et, bien sûr, Time Warner ont failli être emportés, et ne furent sauvés qu’au prix d’une rude restructuration des actifs. Autrement dit, tout ce qui était de près ou de loin apparenté au Web fut vendu, voire bradé. La liste des belles idées jetées par-dessus bord serait d’ailleurs trop longue, et rappellerait bien des mauvais souvenirs.
Ce ne sont pas quelques réussites brandies comme des étendards sacrés qui changeront quoi que ce soit. Pour un Google, combien en effet de sociétés mort-nées, réduites en poussières, et d’argent dilapidé ? Pis, une fois Google arrivé, tous les autres cadors de la catégorie n’ont eu que leurs yeux pour pleurer, ce qui signifie voir le cours de bourse plonger et prier pour une reprise à bas prix, au poids du serveur. Bref le Web fut un massacre de concepts innovants, d’idées enthousiasmantes…

La marque du W

Pour être encore plus clair, la nouvelle économie, celle du virtuel, qui déchaîne les passions parce qu’elle fait les fortunes comme d’autres plantes les « business model », s’est en grande partie construite sur deux piliers : la piraterie et l’accès à ces ressources illicites. Avec comme principaux bénéficiaires, pour tout dire, comme unique profiteur de ce marché noir, les opérateurs de télécommunication. Et par extension, tous les métiers de cablage, serveurs, et fabrications d’ordinateurs. Mais à la source de tout ça, du haut-débit, de l’Adsl, des fortunes faites par ses entrepreneurs malins, comme Xavier Niel, le patron de Free, il y a toujours un même service, pour lesquels les gens ont été prêts à payer instantanément : l’échange en tout genre de fichiers gratuitement. Aujourd’hui, ce paradigme de l’offre s’est déplacé, le P2P, le téléchargement n’est plus autant à la mode, il a été remplacé par le diffusion en streaming gratuite. Les audiences sont flagrantes. En France Dailymotion, YouTube et Deezer sont dix fois plus fréquentés que les sites P2P.
Malheureusement, cet appétit pour les sites du Web 2.0, ceux de la diffusion et de l’échange gratuit, a fait revenir comme une ombre maléfique, ce « W ». Et avec lui, son cortège de catastrophes en tout genre. Comme nous l’avons largement expliqué (ici et ), ces sites n’ont pas les rentrées d’argent que leurs audiences mériteraient. Pis, elles n’ont peut-être pas les actionnaires qui conviendraient…
Tout cela touche heureusement à sa fin. Car survient un nouveau type d’objets numériques, dont les qualités sont justement de compenser les tares des précédents.

La Fin du Web (Episode 2)