A l’occasion du Hub Forum qui se tiendra les 11 et 12 octobre prochains à l’espace Pierre Cardin à Paris, et auquel Girlz In Web a été invitée, j’ai rencontré Marjorie Paillon journaliste à France 24 (Tech 24), Yahoo! (L’envers de l’éco) et blogueuse politique pour ilovepolitics.info.


Retrouvez ici la deuxième partie de l’effervescente interview de Marjorie Paillon !

Global brand vs connected consumers : n’est-ce pas un peu paradoxal alors que l’on assiste à une réduction drastique des fonctionnalités de l’opengraph sur les sites tiers annoncé par Facebook pour décembre, et que des restrictions sévères sont imposées par Twitter aux applications tierces sur son API?
Après avoir été grand ouvert, le web serait-il donc cloisonné pour de bon par les services ? Est-ce un frein au principe même de « hub » défendu et illustré par ces deux jours ? Ces changements imposés sont-ils vraiment bons ?

De la même manière qu’il faut laisser aux marques la chance d’être « traumatisées » par leurs consommateurs et utilisateurs, il faut aussi laisser aux services natifs le droit à l’erreur et à l’essai.
Qu’il y ait eu des annonces sur l’opengraph l’an dernier, et maintenant un resserrement de ces fonctionnalités, cela semble également logique : Facebook s’est aperçu en ouvrant l’opengraph que nous n’étions pas tous prêts à laisser tous les membres de notre communauté accéder à des informations personnelles (type écoute de musique en temps réel).
Là aussi, on continue à apprendre en marchant. En réalité, ce qu’on est en train de vivre de vivre avec le web, et pas uniquement avec lui, c’est la recomposition d’un espace social.
Exemple : les medias traditionnels ont souvent tendance à dire que la rumeur vient d’internet. La rumeur n’a pas attendu internet pour exister. Elle se répandait de la même façon avant. De manière un peu moins rapide et globale, certes. Mais avec cet exemple de la rumeur, on comprend bien qu’on est en train de vivre – et ça prend du temps, parce qu’un espace social se recompose de façon lente aussi – même si le nouveau canal est rapide.

Il faut donc laisser le temps aux services et marques natifs du web de tester des choses, et de se dire, à un moment donné : «j’ouvre mon opengraph. Et l’année suivante je me suis aperçu que cela n’était peut-être pas optimal, donc je réduis».
On a certes l’impression d’une censure en tant qu’utilisateurs, et d’un travail sans cesse chamboulé pour les sociétés tierces qui dépendent de ces écosystèmes, et sont dans l’obligation de redéfinir en urgence leur business model.
 Mais il faut aussi que ces services natifs accompagnent ces annonces-là et accompagnent l’écosystème qu’ils ont créés.

Il suffit également de voir l’histoire rocambolesque du faux bug Facebook apparu il y a quelques jours (NLDR : l’apparition supposée de messages privés antérieurs à 2009 sur les Timelines publiques des utilisateurs).
 Le point fondamentalement intéressant dans cette histoire est la naïveté de certains utilisateurs.
 Etre internaute, c’est être libre, mais surtout, être en éveil. En un mot être un internaute conscient.
 Timeline nous a malgré tout permis de comprendre de façon très pratique ce qu’on donne à voir de soi en ligne. C’est une vision synthétique de sa vie online.
 Si certains ont cru être victimes d’un bug, ils auraient du prendre le temps de scanner leur Timeline, et se seraient aperçu que cette fonctionnalité n’était qu’une résurgence des anciens profils.
 Qu’il y ait un emballement médiatique très rapide, c’est compréhensible, mais était-ce pour autant nécessaire de convoquer la CNIL sur ce sujet ? Ce n’est pas certain…

Finalement, Facebook reste notre coupable préféré.

On ne sait toujours pas s’il y a eu bug…

(NDLR : au 3 octobre, les conclusions de la CNIL corroborent les démentis de Facebook : il s’agissait bien de messages wall-to-wall publics)

Comme on est en train de vivre la recomposition de l’espace social, on s’aperçoit que mettre sa vie en ligne, ça nous expose à certains dévoilements.
 A partir du moment où on a conscience de ça, il faut réagir en internaute responsable.
Et pour autant, les marques natives n’ont pas forcément le droit de tout faire non plus !
Peut-être qu’on va voir fleurir en ligne des pétitions de consommateurs, pour demander des comptes à Facebook ou tout autre service natifs.

Pour revenir au Hub Forum, j’ai également modéré une table ronde sur Facebook l’an dernier. Julien Codorniou, de Facebook et Axel Dauchez, de Deezer venaient y illustrer l’ouverture de l’opengraph. Cette année, justement, on va voir l’autre partie de l’iceberg, celle d’un opengraph recentré.
Au cours de ces deux journées, on essaie de décrypter les sphères d’influence en ligne, sous différents angles (NDLR : cette année, il s’agit du brand content).
L’idée de Vincent Ducrey et d’Emmanuel Vivier, c’est de créer une communauté vivante, toujours en mouvement autour de cette question de l’influence.
Ce qui est intéressant, c’est de comprendre comment fonctionnent les mécaniques d’influence : comment communiquer en ligne (que l’on soit une marque, un homme politique, un journaliste, ou un contenu télévisuel) ? Comment mon produit est partagé en ligne ? Comment j’atteins ce point (pour l’instant) un peu magique de l’engagement de ma communauté internaute autour de ce message que j’ai envie de partager et dont j’ai envie que ma communauté se le réapproprie ?

J’avais également assisté à la 1ere édition du Hub forum en tant que spectatrice.
 Je sors toujours de cet événement en ayant découvert quelque chose, et c’est très rafraîchissant !
Et tant que j’apprends des choses, je suis ravie !

Ce qui est également le but de toutes les personnes présentes à ce genre d’événements…

Absolument ! la grande force de l’industrie web, par rapport à l’industrie traditionnelle – entendons-nous bien, je ne souhaite pas opposer ces deux mondes, mais jusqu’à présent, ils cohabitaient côte-à-côte et tendent désormais à s’interconnecter, tant mieux ! – l’économie numérique, une dénominateur commun formidable : l’envie d’apprendre ! On apprend au quotidien de ses consommateurs. on est dans un monde où, oui, on peut ouvrir l’opengraph il y a douze mois, et le resserrer aujourd’hui. C’est pas grave, on apprend. Et on n’a pas peur d’apprendre de ses échecs non plus.

On a beaucoup reproché à la France d’être un pays qui n’apprend pas suffisamment de ses échecs, et où après le premier échec toutes les portes vous sont fermées, aujourd’hui, quand on voit des gens comme Alexandre Malsch chez Melty qui cartonnent après avoir cherché le bon business model et le bon positionnement…

Ou les créateurs de SongPop ?

(NLDR : Application mobile et Facebook de Blind test utilisée par plus de 30 millions de personnes dans le monde et créée par Romain et Mathieu Nouzareth, fondateurs de FreshPlanet)

Oui, ces exemples-là, ou les exemples de Microsoft, et notamment via la FailCon.
On a le droit à l’échec, et cette différence est fondamentale en ligne. Mon expérience aux Etats-Unis m’a appris que oui, on pouvait se tromper. L’échec n’est pas mortel, a fortiori dans la mesure où l’on en tire des conséquences pour la suite.


En ce moment en France, j’ai l’impression qu’on est arrivé à un point de rupture, ou plutôt à un tournant : quand on écoute des gens comme Patrick Robin ou Alexandre Malsch (les derniers invités de « L’Envers de l’Eco »), on se dit qu’il est possible de faire bouger les choses.
Qu’après tout, on n’est pas les plus mal armés pour réussir à apprendre de nos échecs et faire bouger les choses en matière d’économie, de société ou d’information. On se rend compte que nous possédons une industrie numérique qui est en train de devenir un nouveau volet du patrimoine industriel français. Comme cette initiative de Cup of teach proposant de venir visiter les start-ups pendant les journées du patrimoine au titre d’un patrimoine industriel! 


En parallèle à la recomposition d’un espace social, on vit celle d’un écosystème économique. 
Donnons-nous la chance, le temps surtout, et les moyens de pouvoir achever cette nouvelle révolution industrielle qu’est la révolution numérique.

Tout le monde n’a pourtant pas conscience de vivre une nouvelle révolution industrielle avec la révolution numérique.
Il est tout de même très étonnant, alors que le secteur numérique a créé plus d’un million et demi d’emplois en moins de vingt ans, est pourvoyeur d’un quart de la croissance actuelle en France, et d’au moins un quart des nouvelles embauches, que si peu de monde en parle. L’ébullition dont vous parlez n’est pas suffisamment visible par l’ensemble de la population française. La sinistrose ambiante masque les initiatives du web, qui pourraient pourtant remonter le moral de pas mal de monde.

Cette ébullition est en train de se transmettre de sphères numériques en autres sphères économiques. Lorsque Patrick Robin, Marc Simoncini où d’autres stars du web critiquent le PLF2013 (NLDR : programme de loi de finances 2013 dont un des projets est d’aligner la fiscalité du capital sur celui du travail), ils se font les porte-paroles des entrepreneurs au sens lage. Ils sont alors entendus par les medias traditionnels, et peuvent marteler à nouveau l’idée que le secteur numérique ne peut pas assumer à lui seul la crise des autres secteurs (NDLR: voir le rassemblement des pigeons).

Internet est donc suffisamment mature pour la recomposition de l’espace social ?

Oui. Mais il faut aussi que les défenseurs du numérique acceptent de laisser le temps aux acteurs traditionnels d’en prendre conscience. Et c’est peut-être là le plus grand pari pour le futur de cet espace social, économique et politique.

Retrouvez Marjorie Paillon qui sera modératrice au Hub Forum le jeudi 11 octobre de 17h20 à 18h05 pour la table ronde « Facebook Marketing : best practices et latest changes » en compagnie de Damien Vincent, Sales Manager chez Facebook et Richard Beattie, Senior Director Social pour Oracle.