MasterClass Girlz in WebGirlzInWeb a eu l’honneur de recevoir Françoise Gri, pour nous parler d’« Ambition au féminin » lors de la masterclass du 16 décembre 2015.

Voici le compte-rendu de cette rencontre pour celles et ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’y assister. L’enregistrement audio de la masterclass est disponible en téléchargement ! (1h40 environ)

Présentée dans le classement « Fortune » comme l’une des 50 femmes les plus influentes dans le monde des affaires, Françoise Gri a dirigé deux entreprises américaines en France et en Europe : IBM jusqu’en 2007, puis Manpower France et ManpowerGroup France et Europe du Sud.
Sa vision acérée des dysfonctionnements du marché du travail comme sa pratique du terrain lui permettent de voir concrètement « ce qui marche ».

Françoise a été très tôt sensibilisée au sujet de l’ambition au féminin : sa mère, veuve à 30 ans, lui a toujours dit et montré qu’il est important d’être indépendante et de ne pas se mettre de barrières parce qu’on est une femme.

Peu d’avancées en 15 ans

En guise de prélude, Françoise Gri nous fait part de son étonnement quant aux questions postées sur les réseaux sociaux en amont de son intervention car ce sont les mêmes depuis 15 ans, preuve que les choses ont peu évolué. En France, le rôle des femmes a moins avancé en entreprise qu’en politique, puisqu’il n’y en a que 10% au Comex dans les entreprises du CAC 40 et 17% en école d’ingénieur alors que de belles figures de femmes politiques ont émergé.

Alors, pourquoi l’ambition au féminin est-elle encore un sujet ? Bien sûr il y a des freins, des obstacles qui viennent de l’extérieur mais Françoise Gri constate avant tout un manque de cohérence entre ce que les femmes veulent et ce qu’elles font. Selon elle, le nœud du problème « c’est d’abord nous avec nous-même » ; un nœud à dénouer car il y a aujourd’hui des opportunités à saisir pour celles qui le veulent réellement.

Le digital, une opportunité

Le digital remet en question les grandes entreprises et tous les métiers vont être touchés par l’intégration de la technologie de manière plus importante. Les compétences de demain vont être fondamentalement différentes de celles d’aujourd’hui : hybridation, compétences technologiques mais aussi compétences humaines sur lesquelles les femmes ont de l’avance, telles l’empathie et l’écoute des écosystèmes. Cette recherche de nouveaux talents est une opportunité pour les femmes, à elles d’en profiter !

Il semble malheureusement que ce monde soit déjà en train de s’écrire « au masculin » : il n’y a que 3% de femmes chez les VCs et très peu dans les startups… Alors que les femmes se battent pour entrer au Comex de grandes entreprises qui vont peut-être mourir, elles doivent prendre leur place dès maintenant dans la construction du monde de demain.

Regarder son ambition en face

Il y a des opportunités à saisir, alors, pourquoi est-ce si difficile ?
Pourquoi les femmes voient-elles des barrières partout ? Ces barrières extérieures ne sont-elles pas des alibis ? Françoise Gri recommande aux femmes de regarder leur ambition en face, faire le point avec honnêteté, savoir ce qu’elles veulent vraiment et reconnaître qu’elles en ont la possibilité, grâce à l’éducation qu’elles ont eu la chance de recevoir.

« Que veut-on vraiment, le veut-on comme ce qu’il y a de plus cher ? Qu’est-on prête à laisser de côté pour cela ? »
Une fois qu’on a reconnu et défini son ambition, comment la réaliser ?

Pour réussir il faut connaître les codes de l’entreprise en général et en particulier de celle dans laquelle on souhaite évoluer, en observant les interactions, ses boss et ce qui motive leurs choix.
Françoise nous raconte ainsi une anecdote à propos d’une femme pressentie pour une promotion chez IBM : cette femme doutait de ses compétences pour prendre le poste proposé et a exposé ses doutes en long, en large et en travers lors de l’entretien pendant lequel elle était censé défendre sa candidature : autant il semble normal qu’elle se pose la question de sa légitimité, autant elle n’aurait pas dû en faire part au manager qui lui proposait le poste.

Il faut aussi savoir faire preuve de subtilité et de finesse, mais attention, cela ne veut pas dire passer inaperçue et se taire : « les femmes ont une approche trop scolaire, se focalisent sur le « savoir-faire » et ne maîtrisent pas le « faire-savoir » ».
Les femmes peuvent aussi faire de leur minorité un atout et en profiter pour sortir du lot, en jouant par exemple de la plus grande souplesse vestimentaire dont elles bénéficient par rapport aux hommes : porter une veste rose est un bon moyen de se faire remarquer dans une assemblée de costumes gris par exemple !

Les 3 points à travailler

Selon Françoise Gri, les femmes ont 3 sujets à travailler particulièrement :

1/ La confiance en soi
Le niveau d’exigence qu’ont les femmes pour se sentir légitimes sur un sujet est largement supérieur à celui que se fixent les hommes : elles manquent de confiance en elles et ne s’estiment jamais assez compétentes. Les femmes doivent travailler ce point en mettant la barre moins haut et en acceptant de se mettre à risque, sans tout maîtriser.

2/ Tuer la culpabilité
Qu’on le veuille ou non, nous avons hérité de croyances concernant ce qu’est une bonne mère, une bonne épouse etc… Et nous sommes tentées ne nous y conformer pour garder une bonne estime de soi.
Il faut se libérer de ces modèles et ne pas se sentir coupable de s’en éloigner : élaborer sa propre définition de bonne mère : veut-on passer son temps à faire des petits pots pour ses enfants ou passer du temps avec eux ? Est-il nécessaire de les accompagner soi-même chez le dentiste ? On peut déléguer ces tâches beaucoup plus qu’on ne le pense de prime abord.
Il faut oser se définir ses propres normes, pas celles de sa copine ou de sa mère. Ceci est facile à faire et demande juste un effort de réflexion et de choix. Il faut savoir éliminer des choses, ne pas se mentir à soi-même.
Il ne faut pas non plus mentir aux enfants : «Désolée, je me suis fait coincer dans une réunion » alors qu’on avait envie de rester dans cette réunion. Il faut assumer ses choix !

3/ Etre féminine, sauf pour aller négocier le salaire
Aller négocier un salaire n’est pas chose aisée pour nombre de femmes, mais il est important d’y arriver, quitte à forcer sa nature !

Mais aussi ….

Voici aussi quelques réflexions en vrac, suite aux questions posées par l’assistance :

  • Pour rendre visible les modèles féminins, il faut accepter soi-même d’en être un !
  • Les quotas de femmes dans les entreprises sont nécessaires pour enclencher un nouveau modèle
  • La femme de pouvoir est souvent perçue comme dure, froide, agressive… Qui a envie d’avoir ces qualificatifs péjoratifs et comment assumer cette image ? Tout simplement, selon Françoise Gri, en sachant que vous n’êtes pas ainsi, que ce n’est qu’une image que certains ont de vous…
  • Être visible dans les media n’est pas qu’une question d’égo, la représentation de l’entreprise fait aussi partie du job de dirigeante.
  • Les réseaux féminins sont bien, les réseaux mixtes aussi :-)
  • On parle souvent de l’importance d’un mentor : comment en trouver un ? On peut demander à quelqu’un d’être son mentor, mais si l’on regarde bien autour de soi on s’apercevra peut-être que l’on a déjà un ou des mentors en action ! Un mentor n’est pas un conseiller sur un sujet métier, c’est un conseiller en développement personnel, qui vous expliquera les codes de l’entreprise et vous guidera. Un mentor peut être un homme ou une femme, peu importe, ce qui est important c’est l’adéquation naturelle et la bienveillance.

Le mot de la fin de Françoise Gri

« J’espère que vous allez faire de grandes carrières, je compte sur vous ! »

Un grand merci à Françoise Gri pour nous avoir transmis son décryptage de l’ambition au féminin et les leviers pour la réaliser.
Merci à l’IESA Multimédia d’avoir hébergé ce masterclass :-)

Pour celles et ceux qui souhaitent continuer sur le sujet
Le livre de Françoise Gri, Women Power, Femme et patron
Son blog : francoisegri.com
Twitter : @fgri

D’autres livres sur le sujet :
En avant toutes de Sheryl Sandberg
Femmes, si vous osiez de Aude de Thuin