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Maurice Lévy, patron de Publicis, avait un rêve en janvier : une grand-messe des nouvelles technologies à Paris en juin. L’ancien DSI de Marcel Bleustein-Blanchet veut sauver son agence des flammes de la disruption et fait feu de tous les bois de son influence. Et Viva Technology a vu le jour le 30 juin. Mais de quoi Viva Technology est-il le nom ?

I have a dream.

Associé aux Echos, Publicis a donc réussi à remplir l’immense hall 1 du Parc des expositions Porte de Versailles.
Au départ, l’ambition de Maurice Lévy était de faire un syncrétisme entre « le hall of Tech du CES (…) le co-working c’est à dire de grandes entreprises travaillant avec des start-up pour affronter les multiples défis posés par cette période de transition (…) et notre Davos ». Si l’on peut se poser la question de la définition du co-working pour Maurice, il faut reconnaître que le pari est en grande partie tenu.  Les grosses entreprises étaient au rendez-vous, chacune présentant ses innovations, mis à part des absences notables comme Samsung qui certes faisait tourner ses lunettes VR mais n’avait pas de stand, ou Microsoft, ou évidemment Renault. Les 5000 start-up annoncées étaient finalement 1500, mais pour elles, cela veut dire beaucoup. Quelques 300 conférences, avec des speakers tous aussi prestigieux les uns que les autres, dont beaucoup de Chinois, qui, à Paris, tout en anglais, ont pu développer leurs idées et visions de l’innovation dans leur filière. Quelques 30 000 visiteurs proclamés, et ce malgré un ticket d’entrée beaucoup trop haut pour les start-up mais que les nombreuses invitations et la baisse du prix public du samedi à 5 euros ( quand on sait que le Salon du Livre est à 16€, on applaudit l’effort ) ont compensé.

maurice lévy & francis morel

Chaque stand était rebaptisé « Lab », sans doute pour bien montrer l’idée de recherche, et après avoir été accompagnés par Mc Kinsey et EY, les grandes entreprises ont choisi leur sujet phare et fait leur marché dans les start-ups qu’ils invitaient à partager ce challenge. Tout a été travaillé selon 4 axes : Hack, Imagine, Experience, Connect. Les grands groupes ont profité de la couverture de l’évènement pour faire leurs annonces. Amazon a par exemple annoncé son Launchpad. Et surtout Les Echos et Publicis ont confirmé leur partenariat autour d’un pôle d’expertise à destination de l’innovation. Des dizaines de start-ups ont pitché autant aux professionnels en visite qu’aux caméras de BFM mais surtout aux concours organisés sur presque chaque stand. Les gagnants auront le plaisir de toucher des sommes sonnantes et trébuchantes conséquentes. Carrefour, Webhelp, SNCF, PMU, Orange, tous ont pu démontrer leur ouverture et surtout leur volonté stratégique de mettre le numérique au coeur de leur transformation.

Car s’il y a une chose qu’aura démontré Viva Technology, ce n’est pas de placer la France sur la carte mondiale des Internets, nous l’étions déjà eu égard à la qualité de nos ingénieurs, à la volonté politique de la French Tech et à l’adoption par notre population des usages web, mais bien de démontrer que les industries traditionnelles françaises ont compris et intégré le numérique comme axe stratégique.
A l’heure où un rapport alarmant sur le financement des start-ups en France vient d’être remis au Premier Ministre, l’effort de rendre visible à lui-même l’écosystème français et de faire cesser le french bashing, que les Français pratiquent mieux que personne, en valorisant l’innovation française, était le bienvenu.

Go fast versus Go far.

En allant vite, on pourrait résumer l’évènement ainsi : des grands groupes ont invité des start-ups, à leur frais, en externalisant leur fonction communication à Publicis, pour démontrer l’innovation qu’ils veulent faire mais qu’ils n’ont pas chez eux. D’ailleurs, Stéphane Richard l’a dit encore mieux : « Nous devons créer un système basé sur l’Open Innovation en soutenant les meilleurs talents.» D’où sans doute, le prix remis à Platform.sh par Orange.

Ce que nous avons compris de ces prix, concours et frictions entre deux univers qui se rencontrent peu que sont les start-ups et les grands groupes, c’est que pour être innovant, il est nécéssaire d’être (en anglais dans le texte, car c’est une citation de Gerber Van der Lugt) :
« – affordable
– reliable
– easy to scale
– easy to maintain. »

 

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Si l’on veut aller plus loin, ce qui est surtout à noter c’est l’effacement du web face à la notion de technologie. Fi des incubateurs à la pelle et de leur applis sérielles dites user centric, place aux technologies disruptives ou simplement incrémentales. C’est l’état du web aujourd’hui qui se reflétait : un axe stratégique important pour les grands groupes et une concurrence féroce entre start-ups pour intéresser ces grands groupes. Manifestement, l’innovation a choisi en France la stratégie de l’océan bleu et se pose comme une innovation interne aux filières et devient plus verticale, une innovation métier pourrait-on dire. Passons sur le fait que de nombreux incubateurs font déjà dialoguer grands groupes et start-ups, certains même prônant la transformation digitale par capillarité (venez toucher du start-uper, vous deviendrez agile vous aussi), et reconnaissons à Viva Technology la réussite d’avoir ouvert un marché.

Pourtant quelque chose manquait et semble devoir toujours manquer à l’innovation à la française. D’abord il manquait les entreprises de taille intermédiaire, les ETI, qui pourtant sont non seulement une source d’innovation constante mais peuvent être leaders mondiaux sur leur marché de niche. Pour eux, investir dans une start-up est financièrement plus complexe, mais avec eux l’Open Innovation aurait des chances de fonctionner autrement qu’en détruisant l’esprit start-up au profit d’une verticalité de groupe industriel traditionnel. Ensuite, et dans le cadre de cette innovation technologique, on peut regretter l’absence des labos, des écoles, de la recherche. Quelques unes étaient présentes mais il faut noter le manque de prototypes fonctionnels et des grandes écoles institutionnelles qui semblent perdre du terrain en communication face à l’Epitech. Faire des passerelles entre notre recherche et notre industrie en passant par les start-up devraient être un axe politique majeur pour réussir la prochaine phase de la transformation digitale. De plus, les secteurs fleurons de l’art et de la culture n’étaient pas représentés. Le luxe oui, la culture non.

Mais cette première édition réussie permet de se fonder sur l’expérience pour en 2017 passer un cran sur l’échelle de l’évènement mondial. Et ce cran, c’est sans doute celui de la narration. Raconter l’innovation à la française, raconter les valeurs qu’elle porte et qui sont différentes de celles de la Silicon Valley, raconter comme une start-up le fait la belle histoire de ce que la France apporte au monde digital, voilà ce qui permettra à Viva technology d’aller plus loin.