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Il semble que le mois de juin soit le mois élu comme celui de l’innovation ou du moins ce que les start-ups, leurs accompagnants incubateurs, accélérateurs et grands groupes appellent la transformation digitale. Deux évènements majeurs se sont tenus dans les deux premières semaines de ce mois législatif : Futur en Seine et Viva Technology. Nous y étions. (Oui, nous avons raté la Maker faire, mais on peut pas être partout).

 

Et à part nous, qui était là ?

 

Chez Futur en Seine, l’ambiance est bon enfant. Dans la Halle de la Villette, l’espace de chaque petit box abritait sa Start-up. Comme un classeur de Start-up où chaque feuille ferait 50 cm et les intercalaires seraient des animations. Et les animations étaient grand public, du fun et de l’expérience. Ici, plus d’Arduino que de casque de VR, plus d’imprimantes 3D que de gants connectés.

Notons tout de même que Futur en Seine a réussi l’exploit – comme quoi c’est faisable – d’avoir 50% de ses speakers qui étaient des femmes.

Le public était au rendez-vous, 5 700 attendees sur Swapcard et des dizaines de visiteurs curieux. Le user et son évangélisation, c’est majoritairement la cible de Futur en Seine et elle a été atteinte dans la bonne humeur. Le Secrétaire d’état Mounir Mahjoubi a même passé une tête souriante dans les allées.

Chez Viva Technology, l’axe est exactement l’inverse : business to business. L’ambiance est à la démonstration de force. Chaque grand groupe montre ses muscles d’innovateur ouvert sur son stand : Alibaba, Decaux, Orange tout le monde était là. De l’écran sur-dimensionné de l’entrée et son robot d’accueil, à l’intégralité des équipes web-marketing et innovation, tout le monde était propre, au garde-à-vous et prêt à sortir la plus grosse transformation digitale du salon.

Et à Viva Tech, c’est la cohue du speaker, tous plus brillants les uns que les autres, au sens de visibles dans la nuit, et quelques-uns qui le sont vraiment. Mais clairement, à Viva Tech, on ne vient pas pour démontrer mais pour montrer, pas pour convaincre, mais pour vaincre.

D’ailleurs, c’est un Président qui marchait sur l’eau qui a remonté les allées, à contre-courant de la sueur des participants, pour venir annoncer la création d’un fond de 10 milliards d’euros de soutien aux start-ups. Cela va nous en faire du dispositif d’Open Innovation et de l’incubateur ! Mais tout le monde est ravi, car « La France sera la nation de l’hyper-croissance ». Bref, nous avons enfin compris le principe même de la start-up : une croissance exponentielle.  Et comme lors du Women’s Forum en décembre, où Emmanuel Macron avait eu une ovation en plus d’être porté sur scène par la main du dieu Maurice Lévy, l’accueil de cette annonce fut … exponentiel.

Finalement, chez Viva Technology, le seul public qui n’est pas professionnellement impliqué dans la transformation digitale, était les nuées de journalistes venus pour la comprendre et la commenter.

 

L’intelligence à l’honneur.

 

A l’évidence, la parité dans les speakers intervenants est la plus grande preuve d’intelligence de la part d’organisateurs. Mais l’intelligence manifestement en cette année 2017 est artificielle ou n’est pas.

Chez Futur en Seine, les bot sont des prototypes et ont plutôt l’air sympa. Ask Mona est une AI qui conseille les sorties culturelles sur mesure via Messenger. On notera avec des paillettes dans les yeux  Manzalab  une formation en VR pour lutter contre le sexisme ordinaire en entreprise. A Futur en Seine, vous pouviez faire des combats d’ondes cérébrales à l’aide de casque connecté et tout le monde se demandera si sa voix est aussi sexy que celle de Marc Lavoine ou Fanny Ardant, puisque « la voix  nouvelle interface »  aura été un des thèmes importants de cette édition. Bref, on discute beaucoup dans les allées.

Chez Viva Technology, on négocie plus qu’on ne discute. Mais pour nous aider dans tout cela, nous pouvons compter sur des petits robots fort aimables comme Marty de Robotical qui permet aux enfants d’apprendre à coder. Il suffit même de cligner de l’oeil pour choisir dans un menu d’une expérience en VR de course hippique chez Eye Live Media et on se plaît à penser toucher la réalité virtuelle du bout des doigts avec Go Touch VR. prevision.io automatise lui le machine Learning et Hypervision Technology permet quant à lui d’éviter l’imprévu, la panne, avec une interface de gestion en langage naturel. Bref on sécurise la transformation digitale.

 

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Notons quand même la table ronde organisée par Lenovo, seul producteur de hardware dirigée par une femme, Elisabeth Moreno, en France, sur le thème de la place des femmes dans les STEM et qui s’attaque de plein front à ce problème qui n’est pas technologique mais humain : la baisse du nombre de femmes impliquées dans les STEM. (Full disclosure : nous y étions et avons même été citées comme un des réseaux importants pour l’empowerment des femmes dans les STEM.) Nous avons ainsi pu bénéficier d’une intervention toujours passionnante de Claudine Schmuck, auteur du Gender Scan, étude internationale sur la place des femmes dans les métiers et carrières scientifiques et techniques, et esquisser des solutions avec la contribution notamment des signataires de cet appel relayé sur Femmes Ingénieurs. Et comme Catherine Ladousse, l’organisatrice pour Lenovo et présidente du cercle InterElles fait les choses bien, nous avons même eu une visite de la secrétaire d’Etat à l’Egalité Femmes-Hommmes.
Gageons qu’au vu de notre expertise, la prochaine fois, nous ferons partie de la délégation du Secrétaire d’Etat au Numérique.

 

Quand l’humain finira-t-il sa transformation digitale ?

 

N’allons pas jusqu’à la singularité de Kurzweil ou le transhumanisme mais notons que l’autre star des deux événements, c’est l’humain ou plutôt la gestion de celui-ci comme ressource.

A Futur en Seine, c’est officiel, c’est même dans la feuille de route, on veut imaginer le futur de nos sociétés. Le Lab RH ou la société Proxem, se sont fait une belle place.

 

Chez VivaTech, on a de la technologie, de la vraie : comme Biowatch par exemple qui permet l’identification par les veines. Au moins on ne pourra pas contrefaire votre employé. En parlant d’employés, 500 postes étaient à pourvoir pendant cette édition et espérons que les CV auront pu être déposés autrement qu’en papier et que les rencontres n’auront pas été de simples matchings.

 

Finalement, ce qui permet à ces deux salons d’exister, c’est à la fois l’appétence pour les technologies comme possibilité de progrès pour l’homme et la peur que l’automatisation et l’uberisation, chères à Maurice Lévy, suscitent chez les publics. On peut toutefois se demander ce que c’est que cette transformation numérique dont chacun se réclame : quels sont réellement ses contours ? Quelles sont ses technologies ? Quelles visées politiques ? Parce que comme on l’entendait chez les professionnels lors de ces deux salons : « La transformation numérique, on peut en vendre encore pendant 30 ans. »

Mais ce qui fut le mieux vendu cette année, c’est le potentiel de la France sur la scène numérique mondiale avec d’un côté le plus grand festival européen dédié au numérique et de l’autre, un salon professionnel qui place la France, comme en son temps Le Web, sur la carte des pays qui comptent pour le business numérique.

De là, pourtant, à appeler cela de l’innovation …