Aurélie Jean est une personnalité dans l’écosystème tech. Experte des mathématiques et de l’algorithmique, elle fonde en 2016 « In Silico Veritas », une agence de conseil analytique et numérique. Elle jongle aujourd’hui entre l’entrepreneuriat, la recherche et l’enseignement. Rien que ça ! Elle nous raconte avec passion les multiples aspects du code et la place des femmes dans la tech…

Aurélie Jean, CEO In Silico Veritas

Crédit photo : Géraldine Aresteanu

« Il faut développer notre culture scientifique. »

Les femmes représentent la moitié de la population active française mais seulement 16% travaillent dans le secteur de la tech, selon le cabinet de recrutement Urban Linker. La tech souffre de son image : trop masculine et réduite à peu de domaines alors quelle est protéiforme. Aurélie Jean l’affirme : « Il manque en France une sensibilisation des individus aux disciplines technologiques. » En développant notre culture scientifique et technique, nous créerons de l’intérêt pour ces disciplines. Selon elle, « le fait quil y ait peu de femmes dans ce milieu nencourage pas non plus les femmes à se lancer. Les choses changent mais lentement notamment car les enjeux sont sociétaux et économiques« .

Les quotas, une solution envisageable ?

Une solution partagée par Aurélie Jean mais uniquement si elle est temporaire pour permettre de changer les mentalités. « Lidée nest pas de prendre une femme car cest une femme mais de privilégier la candidature dune femme quand deux candidatures similaires homme et femme se présentent. » Selon elle, il est naïf de penser que les choses vont changer delles-mêmes. Elle prend comme exemple le dispositif mis en place dans les années 90 par le MIT pour atteindre 50% de filles en licence. Celui-ci a porté ses fruits : « aujourdhui, les filles candidatent naturellement, ne sautocensurent pas et la discrimination a disparu« . Une source d’inspiration pour elle. 

« Nous rattrapons notre retard dans l’apprentissage du code. »

Nous sommes en retard en France dans lapprentissage du code à l’école mais « nous nous rattrapons vite » selon Aurélie Jean. Elle souligne les efforts du Ministre de lEducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, qui aide à démystifier cette discipline. L’initiation au code est d’ailleurs devenu obligatoire en 2016 dans le programme de l’école et du collège. Les start-up, elles, ont commencé très tôt à sintéresser à cet apprentissage. « Je pense entre autres aux succès de Magic Makers fondée par Claude Térosier et de Colori Montessori, créée par Amélia Matar. Colori Montessori apprend aux 3-5 ans le code et lalgorithmique sans écran dordinateur, jadore ! »

Cette discipline nest pas pour autant réservée aux enfants et aux étudiants. Tout le monde peut apprendre à coder sans forcément devenir un expert et en faire son métier. Coder permet de raisonner différemment et de comprendre les mécanismes des technologies afin d’identifier les opportunités et les risques. Aurélie Jean recommande à ce propos un article d’Olivier Reynaud dans lequel lintelligence artificielle est abordée sous l’angle de la créativité

Dès quil y a automatisation ou analyse prédictive, le code est applicable à nimporte quel secteur dactivité. « J’ai déjà appliqué le code dans différents domaines : l’ingénierie, la médecine, l’éducation, la finance, l’économie et même le journalisme. » D’ailleurs, elle l’assure, la programmation va bouleverser les métiers qui deviendront plus analytiques. 

D’accord / Pas d’accord :

Aurélie Jean : « Je comprends ce qu’il veut dire, le code devrait selon moi être appris avant l’anglais pour la simple et bonne raison qu’il apprend aux élèves à raisonner par l’étude de l’algorithmique, à structurer sa pensée et à se familiariser avec les mathématiques. Cela étant dit, je dis à tous les élèves qu’ils doivent aussi apprendre l’anglais. Lavantage dapprendre le code avant cest aussi la possibilité dassimiler des bases en anglais puisque le langage informatique est éécrit en anglais (ahah) !. »

Aurélie Jean : « Je n’y crois pas ! Le raisonnement est plus subtil. Aujourd’hui, nous avons un besoin énorme en développeurs web, calcul et autres… nous ne formons pas assez d’ingénieurs et de scientifiques, et ce dans tous les pays du monde. Les techniques actuelles permettent de générer du code de façon automatique. J’ai déjà entre 10 et 30% de mon code qui est généré automatiquement mais j’aimerais que ce chiffre augmente afin de me concentrer sur le code difficile à forte valeur ajoutée. Dans le futur , nous aurons sûrement besoin uniquement de profils extrêmement qualifiés qui écriront et implémenteront des algorithmes d’une grande complexité. Tout le monde se formera pour savoir comment utiliser intelligemment ces outils, nous préparons techniquement les individus pour le long terme ! »


A propos d’Aurélie Jean :

Après un Doctorat en Sciences soutenu en France en mécanique numérique des matériaux, Aurélie Jean est partie aux USA où elle y réside depuis presque 10 ans. Elle a travaillé 7 ans dans la recherche biomédicale en utilisant les mathématiques appliquées et linformatique, dont 5 ans au MIT à Cambridge. Elle a ensuite travaillé presque 2 ans à Bloomberg à NYC pour appliquer ses compétences en finance, économie et, journalisme et IA. Entre temps, elle a créé en 2016 à NYC son agence de conseil analytique et numérique « In Silico Veritas ».