Quand les réseaux sociaux dépassent leur vocation initiale…

Travaillant sur un site de presse, mon quotidien a été rythmé par les récentes révolutions arabes. Touchée par le souffle démocratique naissant visant à renverser les régimes dictatoriaux, j’ai été frappée de voir l’impact d’internet et plus précisément des réseaux sociaux sur la mobilisation des populations. Je me suis donc penchée sur leur usage côté utilisateurs, leur capacité à rassembler et donc à créer le réel dans notre quotidien.

Un rôle en devenir

Il y a encore peu, les réseaux sociaux jouaient un rôle mineur, cantonnés à une figure familière de la pop culture.
On gaspillait notre temps en loisirs (visionnage de vidéos) en futilités agréables (chat, jeux, échanges, micro-blog), en retrouvailles (contacts avec la famille, anciens camarades). Puis le réseau social a pris un virage plus professionnel, puis festif par l’organisation d’événements. (Cf. La petite histoire des réseaux sociaux)
Ils tenaient plutôt la réputation de nous déconnecter du monde réel, de nous aliéner, voire de nous abrutir. Puis les récentes révolutions arabes nous ont exposé un autre versant : le militantisme les a transformés en un outil majeur de communication et d’action collective. En effet, en période de crise politique, l’utilisation des médias sociaux mixée aux graines de la protestation ont donné naissance à un cyber-activisme se matérialisant par des mouvements collectifs.
Les réseaux sociaux viennent ainsi de gagner leurs lettres de noblesse en offrant les moyens à certaines communautés de se révolter. Ces outils montrent à présent un nouveau visage, une  nouvelle vocation…

Le virtuel créé le réel

A l’ère de l’hyper-communication, il ne se passe pas une semaine sans que les médias traditionnels ne rapportent une actualité liée à Facebook. Continuellement, les réseaux sociaux font parler d’eux grâce à un nouveau phénomène : leur pouvoir de rassembler.
Au début, la mobilisation concernait une cause ludique comme l’organisation d’une soirée, une sortie entre amis ou la création d’un groupe partageant les mêmes aspirations. En effet, Facebook intègre dans ses services la possibilité de créer un événement, un groupe et une page fan qui peut rapidement devenir viral au sein de plusieurs communautés grâce au partage de l’information, en un clic seulement. On n’est plus seulement en contact avec ses proches mais aussi les proches de ses proches, et ainsi de suite. Une personne connectée à un réseau = des millions de possibilités ! Et donc, les médias sociaux auraient ainsi cette capacité à rassembler rapidement les internautes autour d’une cause, futile ou utile…
Pour preuve, les années 2003-2005 voient émerger en France l’organisation de mouvements collectifs tels que les premières « flash mob » et en 2008 le groupe facebook « Freeze Paris » les institutionnalise en y réunissant plusieurs milliers de participants.
En 2010, le succès des « Apéros géants » via Facebook montre combien le média social réussit à sensibiliser et à rassembler des gens qui ne se connaissent pas. Sa capacité à réunir et à créer du lien social réel est une force qui interpelle les pouvoirs publics.
Le 8 octobre dernier, Eric Cantona, au travers d’une vidéo, sème les graines d’une révolution qui partirait d’internet. Il propose ainsi que trois millions de personnes vident leur comptes bancaires afin que le système s’effondre. Le mouvement se structure sur Facebook par la création d’une page et se propage sur Twitter. La réalisation d’un tel acte fait frémir la ministre de l’économie Christine Lagarde. Si cette tentative de révolution fut un flop, elle fit parler d’elle dans les médias.
Mais la question mérite d’être posée : « Peut-on faire la révolution sur Facebook et Twitter ? », ce à quoi Malcolm Gladwell, journaliste au New Yorker, répond dans un long article en octobre 2010 : « Non », car les liens créés sur les réseaux sociaux sont trop faibles et rapides, n’étant pas établis sur des vrais liens d’amitié pour insuffler une vraie révolte et une mobilisation sociale. Il faut des liens forts pour matérialiser le militantisme virtuel. (Cf. Les événements en Iran en 2009).
Mais le web va très vite… trop vite….

“La révolution en Egypte aurait-elle pu avoir lieu sans Facebook ?”

S’il y a 1 an, il était inimaginable qu’un média social ait la capacité à rassembler des personnes qui ne se connaissent pas pour une cause politique, aujourd’hui, les récentes révolutions arables ont démontré le contraire. La révolution 2.0 via les réseaux sociaux est désormais possible : le réseau social virtuel a rejoint notre vie réelle.
A la question « La révolution en Egypte aurait-elle pu avoir lieu sans Facebook ? » Benoit Raphael, co-fondateur du Post.fr répond : « Oui, mais pas aussi rapidement ».
En effet, les médias sociaux et plus particulièrement Facebook et Twitter ont été des outils qui ont accéléré les révoltes tunisienne, égyptienne et libyenne grâce à la rapidité à laquelle les dissidents peuvent échanger des informations. La préparation de la lutte en amont sur les réseaux, à travers la création de pages et de groupes pour organiser des événements, qui ont amené ensuite à des rencontres physiques, aboutit à ce que la virtualité crée le réel.
Non seulement Internet a permis de contourner la censure des médias traditionnels officiels, mais il a constitué un facteur de mobilisation. La révolution n’aurait sans doute pas été aussi rapide sans ces médias sociaux, ni ces appareils de haute technologie (photos et vidéos de révoltes de rue prises par des téléphones mobiles, diffusées ensuite sur Youtube).
Ces témoignages uniques ont permis au monde de prendre connaissance de ces événements en temps réel sur Facebook et Twitter. Même le blocage d’internet par les autorités, n’a pas dissuadé Google et Twitter à entrer en cyber-résistance : grâce au service Speak2tweet, ils ont permis à la population d’envoyer des tweet par l’intermédiaire de messages vocaux, depuis une ligne fixe qui sont ensuite retranscrits sur le web
Projetons-nous une minute dans l’avenir. Peut-on encore s’attendre à des utilisations nouvelles et inattendues des médias sociaux ? Que nous réservent-ils ? Le débat est ouvert…

Lire aussi :
Fred Cavazza, « Panoramas des médias sociaux 2011 »
Sur Malcolm Gladwell, un article de Patrick Meier, « De l’origine numérique de la dictature et de la démocratie »

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