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« Comme la pensée de l’homme, le progrès technologique est sans limite » (Shimon Peres, président de l’Etat d’Israël). C’est cette citation qui m’a marquée en arrivant à l’Université du Technion à Haïfa hier et qui illustre si bien notre visite de la matinée.

L’Institut Technologique Israélien est un des hauts lieux de recherche au niveau local, mais aussi global. Accompagnés de professeurs et d’étudiants émérites, nous avons parcouru une de plus grande université spécialisée du pays, puisque ce sont 12.500 étudiants qui y rentrent chaque année. Parmi eux, 35% des premiers et seconds cycles (licence et master chez nous) sont des femmes, et cette proportion augmente à mesure qu’elles avancent vers le doctorat (PhD.); puisqu’elles sont 45% parmi les étudiants à faire une thèse au Technion.
Cette forte proportion de femmes ne se retrouve pourtant pas dans les postes de professorat ou parmi les membres administratif des Facultés : seulement 15% d’entre eux sont des femmes.

Selon un rapport écrit pour le Président et les membres du board par le Professeur Miriam Eretz sur la place des hommes et des femmes au Technion (paru le 29/05/2011), il y a une très faible progression des statistiques d’étudiantes femmes au Technion, mais une régression pour les postes à responsabilité dans les facultés. Loin de vouloir créer la polémique, je souligne un constat qui n’est une surprise pour personne.

23% des étudiants en informatique sont des femmes

Ce qui est par contre très intéressant, c’est qu’à la faculté d’Informatique, plus de 23% des étudiants sont des femmes : proportion évidemment moins forte en ingénierie mécanique par exemple, où elles ne sont que 8%.

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Un cursus dédié à l’informatique dès 1969

Revenons au Technion, dont la 1ère pierre a été posée sur le Mont Carmel en 1912, et depuis, près de 75.000 étudiants en sont sortis diplômés. Il faut dire qu’à ses débuts, seulement 17 étudiants avaient postulé lors de son ouverture officielle en 1924. La volonté de ses fondateurs, dont Albert Einstein, étaient de développer toutes les ressources nécessaires à la création de l’infrastructure de ce pays naissant, bien avant même son indépendance en 1948. Pour la ville de Haifa, qui compte à peine 250 000 habitants, le Technion est une de ses plus grandes « entreprises »; et pour cause, c’est là où s’amorce nombre de projets innovants et de start-up.

Sur ses 18 facultés uniquement consacrées à la science et les technologies, 10 le sont à  l’ingénierie, dont 2 très particulières :
– celle dédiée à l’aérospatiale, crée en 1954, seulement 6 ans après l’État d’Israël
– et celle de « Computer Science », ou Informatique chez nous, crée en 1969, ce qui était très précoce par rapport à ce secteur d’activité embryonnaire

En effet, la vision de ses dirigeants était déjà en avance sur son temps, et elle le reste aujourd’hui avec des projets et méthodes de travail innovantes. Pour exemple, l’institut de Nanotechnologie est complètement fictif et constitué de 13 facultés différentes. Richesse et collaboration entre les spécialistes font partie des clés du succès du Technion ! Exemple de réalisation : cette « nano-bible » (cf. photo) où il y a la place pour enregistrer tout l’ancien testament et le coran. Elle fut d’ailleurs offerte au Pape.

nano bible

Pour attirer les meilleurs étudiants et chercheurs, l’université n’hésite pas à recruter les meilleurs professeurs, quitte à aller les solliciter à Harvard notamment… Car le Technion n’est que la 23e université technologique au monde mais elle a pour objectif d’être parmi les dix premières.
Pour ça, quelques pistes :
–  augmenter le budget de recherche, émanant principalement des donations, ce qui est très populaire en Israël.
– améliorer les relations avec certains partenaires, comme la France par exemple, qui sont à ce jour assez peu développées, à l’instar de l’Allemagne ou des USA…

Quelques exemples des travaux et découvertes qui ont été réalisés au Technion

– Le Dr Hossam Haick a mis au point un test pour détecter les cellules cancéreuses dans le corps, un peu comme un « alcootest » comme l’a si bien décrit le Professeur Ilan Marek.
– Le développement des technologies autonomes, comme les robots médicaux ou les « serpents » pour retrouver des victimes de tremblement de terre.
– L’algorithme de Ziv Lempel, que vous connaissez tous sans forcément le savoir puisqu’il permet de compresser les données, ce que nous appelons communément ZIP
– La création d’un satellite par des étudiants en 1998 et qui fonctionnent toujours
– Le médicament qui ralentit l’avancée de la maladie de Parkinson
– le thème, très important en Israel, de l’UBIQUITIN que je souhaiterais approfondir
etc.

Des universités qui poussent les étudiants à créer leur start-up

De façon générale, les universités israéliennes poussent leur étudiants à s’investir dans la recherche mais surtout à la création de start-up. Au Technion, il y a même un espace réservé où tout est prévu pour se lancer dans l’aventure dans avoir à faire de démarches à l’extérieur !
Les jeunes sont incités par les professeurs, avec une caractéristique remarquable et dont on devrait parfois s’inspirer : l’échec n’a rien de négatif, bien au contraire. D’autant que la plupart des étudiants ont passé une période de 2 à 3 ans à l’armée -respectivement femme et homme- et qu’ils démarrent leur cursus tard. 80% ont plus de 22 ans. Inconvénient : ils sont parfois pressés de rentrer dans la vie active pour subvenir à leurs besoins. Avantage : ils sont plus matures, responsables et avec une forte volonté de réussir. Plusieurs facteurs qui pourraient expliquer qu’Israël soit le second pays, après les USA, en nombre de sociétés cotées au NASDAQ, puisque la création d’entreprise y est très prolifique.

Projets d’étudiants

Après ces principes théoriques, passons à la pratique avec une illustration de ce que les étudiants peuvent y concevoir.
Au sein du laboratoire de « Geometrical Image Processing » (GIP lab), le doctorant Yonathan Aflalo et son équipe développent des techniques de reconnaissance d’objets, de 3D et de reconstitution d’image. Aussi utiles dans la médecine, que dans le cinéma.

D’autres sujets passionnants ont été appréhendés comme les nano-technologies… Simplement, une remarque pour conclure, car ce voyage est aussi un moyen de challenger notre système et d’échanger sur des bonnes pratiques. En France, nous sommes champion des diplômés issus de très grandes écoles (les Mines, Polytechnique, etc.) et qui préparent à des postes de hauts fonctionnaires ou de management. En Israël, une des spécificités de son éducation supérieure est qu’elle pousse davantage à faire avancer la recherche dans le secteur de la High-Tech notamment, en incitant les chercheurs à continuer à écrire des papiers tout en s’investissant dans l’opérationnel.

Il semblerait que la « Nation des start-up » serait bien plus proche de la Silicon Wadi, que du Silicon Sentier !

Notre découverte de cette région orientée vers l’innovation technologique s’est poursuivie tout l’après-midi dans la zone de Matam. C’est justement là que sont installés les bureaux de recherche de tous les grandes groupes internationaux : Google, Yahoo!, Philips, Microsoft, IBM, Intel -la fierté des israéliens, puisque c’est là que le géant des processeurs est né- et des rumeurs semblent dire que Facebook pourrait aussi y venir… Ils ont tous des « remote office » dans cette région, car c’est là où il y a des talents, grâce au Technion précédemment évoqué.

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Visites chez Google et Yahoo!

Chez Google, on peut dire que c’était accueillant et bien rodé, tel un « show » à l’américaine, même si j’ai trouvé la présentation faite par David Kaddouche, son Chef de Produit, un tantinet trop corporate et presque commerciale. Néanmoins, j’ai été très touchée par un projet réalisé au centre de R&D de Haïfa (car il y en a un second à Tel Aviv). Il y a 4 moins, fut lancé un projet pour Yad Vashem permettant à tout à chacun de rechercher des informations sur la Shoah. Rendre la vie à ces archives, c’est participer à un devoir de mémoire primordial. Plus de 1.000 visites instantanées. Près de 5.000 histoires de victimes ou rescapés ont pu y être transmises, avec des noms et des photos. C’est cette puissance des outils et moteurs de Google qui me fascine particulièrement, quand ils ont un vrai intérêt public, voire d’héritage de l’Histoire.

Et d’autant plus qu’il a été déployé dans le cadre des « 20% project« , temps alloué à chaque employé pour travailler sur un sujet de son choix, n’ayant pas de lien direct avec les produits de Google. Chapeau pour cette initiative managériale qui doit permettre à chacun de s’atteler à un projet personnel qui le passionne. Sachant que les équipes du centre Google de Haifa ne chôment pas puisqu’elles ont aussi déployé les fonctions « Suggest », « Instant », etc. worldwide. Le CEO du bureau israélien, Yossi Matias, nous a fait le plaisir d’une conférence call depuis ses bureaux de Tel Aviv pour nous parler notamment des challenges de Google sur le Web social.

jessica gauzi google israel

Nous avons juste eu à traverser une rue, et nous étions chez Yahoo! Et là, ce fut une présentation brillante de Yoelle Maarek. Alors que je dois vous avouer : j’y allais pleine de scepticisme en me demandant : « Yahoo, ça a encore un avenir? ». Et bien oui, un avenir sur tout ce qui a trait au contenu, force de cette société historique dans le Web, et également à la mission de recherche qu’elle s’est fixée. Justement, notre hôte m’a bluffée, car ce fut une des premières ingénieures, dans les années 80, à effectuer des recherches sur le « search » bien avant la naissance de quelconque moteur. Son parcours est incroyable: les Ponts et Chaussées en France, thèse au Technion, une année à Columbia University, création du 1er moteur de search d’entreprise chez IBM, puis débauchée par Google pour monter le centre R&D de Google qu’on venait de visiter, pour enfin rejoindre Yahoo! research en 2009. Au sein de cette petite division élitiste et n’ayant quasiment pas de but lucratif, elle y conduit des recherches, publie, et ainsi fait (re)connaitre la société via le prisme académique.

Dans l’optique de réaliser très prochainement une interview avec elle à distance, je vous garde des surprises sur cette brillante professionnelle. Qui d’ailleurs a débattu près de 1h30 avec nous sur Google, le search et les dangers du « wisdom of crowd », tout autant que la menace qu’est Facebook pour le Web, mais aussi des forces des fonctions verticales de Yahoo, du bon usage des data et enfin de la longue traine. C’était un échange passionnant que j’espère pouvoir vous faire partager bientôt !

Pour une 1ère journée dans cet univers de la technologie israélienne, ce fut très enthousiasmant. Petits coups de cœur pour les interventions de Yonathan au Technion et de Yoelle chez Yahoo!, car tous deux ont su nous transmettre leur culture commune de la recherche constante de meilleures technologies. Curieuse comme je suis, j’en redemande encore et j’attends avec impatience les prochaines rencontres. Incubateur, entrepreneurs, blogueurs, investisseur : surprenez moi encore !